Le personnage de roman Max Havelaar est « né » il y a 150 ans
J'ai été très surpris d'apprendre que la Belgique émet un timbre à l'effigie de l'écrivain néerlandais Multatuli, pseudonyme d'Eduard Douwes Dekker, auteur du célèbre roman Max Havelaar, paru il y a 150 ans. Après quelques recherches sur Google, j'ai fini par découvrir la raison : Bruxelles a joué un rôle primordial dans la création de son œuvre.
Multatuli Année 2010 en Belgique
Le biographe de Multatuli, Dik van der Meulen, a inauguré l'Année Multatuli 2010 à Bruxelles. L'écrivain Multatuli (J'ai beaucoup souffert [latin]) est le pseudonyme de Édouard Douwes Dekker. Il est l'auteur du livre Max Havelaar, sous-titré « Ventes aux enchères de café de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales ». Dans cet ouvrage, publié il y a 150 ans, il décrit les exactions coloniales et l'exploitation des Javanais par les Néerlandais dans les anciennes Indes orientales néerlandaises.
Sur la feuille de timbres belge « Promenade littéraire à travers Bruxelles », émise le 22 février 2010, deux livres ouverts sont représentés, l'un (légèrement plus bas) recouvrant partiellement l'autre. Sur le livre de droite repose un carnet fermé, disposé horizontalement. Sur trois des quatre pages, associées à la couverture du carnet, figurent sept portraits dessinés d'écrivains du XIXe siècle (ayant séjourné à Bruxelles) répartis sur cinq timbres : Paul Verlaine et Arthur Rimbaud, Charles Baudelaire, Multatuli, Charlotte et Emily Brontë, et Victor Hugo. Vers 1850, Bruxelles exerçait une fascination irrésistible sur les écrivains, en tant que foyer de liberté de pensée.
En 1859-60, Multatuli logea au rez-de-chaussée d'un petit grenier non chauffé d'un immeuble de la rue Arenberg (près de la cathédrale Saint-Michel) à Bruxelles. En moins de trois semaines, transi de froid, il y rédigea la première version de Max Havelaar. Van de Meulen raconte : « Il dut diluer l'encre avec de l'eau. » Quelques semaines plus tard, il écrivit à sa femme Tine : « Ma chère, mon livre est terminé ! Ce sera un véritable coup de tonnerre. »
La marginalisation sociale des Javanais aux Indes est largement abordée dans son ouvrage. Il défend également les « Javanais » d'Europe, désignant les ouvriers, les femmes et tous ceux « dont les droits étaient bafoués, quand ils en avaient ». Il inclut les Flamands dans ce groupe. À un moment donné, on a même cru que Multatuli pourrait jouer un rôle au sein du Mouvement flamand. Bruxelles a exercé une influence sur lui ; il y a même travaillé pour le journal libre-penseur « L'Indépendance Belge », un journal libéral radical.
Timbre Multatuli 2006
Par le biais d'un concours intitulé « Choix des Pays-Bas » (les favoris du public), TNT Post souhaitait impliquer les Néerlandais dans la conception d'un timbre. Parmi tous les sujets proposés, les cinq ayant recueilli le plus de votes ont été mis à l'honneur, dont le personnage fictif Max Havelaar, créé par l'écrivain Multatuli (nvph 2428), sous la rubrique « Personnages de fiction néerlandais ».
Designer Anthony BeekePour exprimer ce « passé », j'ai représenté une photographie sépia de Multatuli accompagnée de la citation « Je vous salue tous chaleureusement ». La Société de littérature néerlandaise, à l'origine du timbre, a choisi Max Havelaar car c'est l'un des romans néerlandais les plus célèbres et parce que le personnage principal n'est autre que l'auteur lui-même. En 2004, Multatuli a terminé à la 34e place du classement des « Plus grandes personnalités néerlandaises » !
Multatuli Année 1987 aux Pays-Bas
Pour commémorer le centenaire de la mort de Multatuli, un timbre à l'effigie de ce dernier a été émis.
À droite de l'auteur se trouve une gravure représentant le bâtiment de la société De Harmonie à Batavia. Sur cette gravure, les influences occidentales « rencontrent » les Indes : au premier plan, sur un fond typiquement occidental, plusieurs Javanais sont réunis. Ils sont observés par des Européens à cheval. La distance, tant au sens propre qu'au sens figuré, traduit magnifiquement l'attitude insensible et hautaine des Hollandais envers les indigènes des Indes. Sur le monument funéraire de Multatuli (et sur le timbre-poste), on peut lire en italique : « La vocation de l'homme est d'être humain ». Par ces mots, le graphiste Rudo Hartman souligne le dynamisme et le changement radical prônés par Multatuli. D'où la couleur rouge passionnée et rebelle qui entoure le portrait.
