Oleg Popov

Un clown ne prend pas sa retraite du jour au lendemain. Même pour le bouffon, son rôle dépasse largement les murs de la piste. C'est pourquoi Oleg Popov, le clown le plus célèbre et le plus talentueux du monde, était encore en tournée à Rostov-sur-le-Don à l'âge de 86 ans. Mercredi soir, il s'est « paisiblement endormi dans un fauteuil confortable de son hôtel », selon Edward Zapasjni, directeur du Cirque d'État de Moscou. Ce ne sera peut-être pas les adieux rêvés pour Popov, qui a enchanté la Russie et le monde entier pendant des décennies avec son humour irrésistible. Star internationale à la casquette à carreaux, à la perruque jaune paille, au nez bulbeux et aux chaussures molles, il a su, dans la plus pure tradition tragi-comique russe d'Ivanouchka – où le clown naïf se révèle finalement intelligent –, faire rire petits et grands. Pourtant, les adieux définitifs de Popov, fils d'un horloger moscovite disparu sans laisser de traces du jour au lendemain dans les années 1930 après qu'une montre destinée au dictateur Joseph Staline se soit avérée endommagée, illustrent une vie où l'inattendu a invariablement tout bouleversé. Cela explique comment un apprenti plombier sans le sou s'est retrouvé à l'École nationale de cirque de Moscou, installée dans les locaux du journal communiste Pravda, et a réussi à obtenir son diplôme en 1949 comme acrobate, funambule, trapéziste et même jongleur. Popov sur un timbre Mais Popov allait devenir clown. Car il trouvait tout simplement plus amusant de faire plus que de simplement garder l'équilibre. Popov voulait divertir les gens, mais aussi les égayer chaque fois que possible. Le célèbre clown Karandash le prit sous son aile. Mais c'est finalement le malheur d'un autre clown populaire, Pavel Borovikov, qui allait marquer le début de la consécration pour Popov en 1954.
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Maquillage pour filles par Olec Popov. © ANP
Lors d'une représentation à Saratov, Borovikov se cassa une côte, obligeant Popov à le remplacer. Un numéro improvisé et triomphal, mettant en scène couteaux, cuillères et autres ustensiles de cuisine, marqua le début d'une carrière couronnée de succès qui allait durer des décennies. Le public russe, les dirigeants du Cirque d'État et les autorités soviétiques furent tellement conquis par leur clown que, deux ans plus tard seulement, il obtint l'autorisation de les accompagner en tournée à l'étranger. D'abord en Pologne, puis de l'autre côté du rideau de fer qui séparait alors l'Europe. Ainsi, Popov devint le tout premier clown russe à se produire dans des pays occidentaux comme l'Angleterre, la France, la Belgique et les États-Unis. Mais aussi à Cuba, sous Fidel Castro, durant les semaines qui ont suivi la crise des missiles. Toujours accompagné de sa femme Alexandra, violoniste au Cirque d'État et mère de sa fille unique, Olga, et des inévitables agents du KGB. En 1964, Popov se rendit pour la première fois aux Pays-Bas avec le Cirque d'État. Ce fut le coup de foudre. Il revint dans notre pays à de nombreuses reprises pour des spectacles, pour le plus grand plaisir de ses nombreux fans néerlandais. Le plus grand d'entre eux ? Sans aucun doute l'artiste de cabaret et clown autoproclamé Toon Hermans. Il citait invariablement Popov comme l'une de ses sources d'inspiration. La question demeure : comment un clown russe, qui n’a jamais appris l’anglais et ne parlait que quelques mots d’allemand, a-t-il pu devenir le plus grand du monde ? La plus belle réponse nous vient peut-être de l’Allemande qui a réconforté Popov après la mort de sa femme Alexandra, emportée par un cancer. Gaby Lehmann, selon son propre récit, assistait à un spectacle de cirque néerlandais pour les chevaux au début des années 1990 et est finalement devenue l’épouse de Popov. Un mariage célébré à Breda par Ed Nijpels, figure emblématique du VVD. Lehmann, de 32 ans sa cadette, avait déclaré il y a des années au journal de Volkskrant que Popov avait réussi à créer un nouveau type de clown. « Il était le premier sans masque. Il ne se moquait pas des autres non plus. » Popov sur un timbre La journaliste française Jacqueline Cartier surnomma Popov « le Clown Soleil », sans doute le plus bel honneur qu'il ait reçu durant sa carrière. Les récompenses furent nombreuses : de l'Artiste du peuple de l'Union soviétique en 1969 au prestigieux « Clown d'or de Monte-Carlo », une sorte d'Oscar pour les artistes de cirque, au début des années 1980. Mais quiconque a vu Popov sur scène sait que le célèbre clown, dont les mouvements rappelaient parfois ceux de Charlie Chaplin – le légendaire comédien anglais qu'il admirait et qu'il rencontra personnellement en Italie en 1960 – ne recherchait jamais les honneurs. « Pour moi, le cirque est comme l'air que nous respirons. C'est de l'oxygène », disait Popov de son métier. Après 66 ans de carrière – un record selon le Livre Guinness des records –, le clown Popov a finalement tiré sa révérence. Source : De Volkskrant du 11/03/2016

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