La joie de la libération néerlandaise de 1945 – au sens propre et au sens figuré

L'exposition « 80 Visages de la Liberté » du photographe canado-néerlandais Jason van Bruggen, actuellement présentée au Musée Opsterland de Gorredijk, rassemble quatre-vingts portraits de personnes évoquant leurs souvenirs de guerre et de liberté. Leurs visages racontent des histoires : tantôt graves, tantôt soulagés, tantôt rayonnants. Cela m'a amené à me demander : retrouve-t-on cette même joie, ce même soulagement et ces mêmes émotions sur les timbres commémorant la Seconde Guerre mondiale et la Libération ? Comment les graphistes ont-ils su saisir l'atmosphère de cette époque — pleine d'espoir, empreinte de retenue, ou peut-être d'exubérance ? Libération en 1945 Sur divers timbres commémorant la Seconde Guerre mondiale (1940-1945), l'émotion de l'époque transparaît dans le langage corporel et le symbolisme. Tantôt la joie est manifeste, tantôt elle demeure plus discrète ou n'est représentée que symboliquement. Pourquoi ? Parce que l'expression de la joie est liée au concepteur et/ou au président du Parlement. Leur perception des bouleversements après cinq années de guerre peut varier. On peut la percevoir avec pessimisme ou optimisme. Des timbres de lutte contre la tuberculose au timbre de la Libération de 1945 En novembre 1944, le siège provisoire du PTT à Eindhoven invita le graveur C.A. Mechelse (graveur chez Johan Enschedé en Zonen) à concevoir un timbre commémoratif de la Libération. De sa propre initiative, il avait déjà réalisé un dessin représentant un lion terrassant un dragon, accompagné de la mention « TBC-bestrijding ». Ce nom s'avéra être un pseudonyme. 1) Partie des Pays-Bas libérée en 1944, de couleur verte (Source : Institut néerlandais d'histoire militaire). 2) Il existe des différences frappantes entre les timbres de la Libération, à format vertical et horizontal, en termes de signification, de fonction et d'apparence : * La bête mythique, le dragon, possède un corps serpentin imposant. Dans la mythologie grecque, cet animal représente le mal et est de couleur noire. Sur les deux timbres, cependant, il est blanc. L'un d'eux est même transpercé d'une flèche. * Le lion héraldique orange (représenté, selon certains, de manière anatomiquement incorrecte) représente le Royaume des Pays-Bas. Cet animal combatif joue un rôle héroïque sur le timbre. Ce faisant, on oublie que la libération est due aux Alliés. Le lion représente peut-être les résistants néerlandais. * Timbre vertical (orienté vers le ciel) et timbre horizontal (orienté vers la terre) en contrepartie. Après la Première Guerre mondiale, les Pays-Bas restaient un pays profondément religieux. Naturellement, le timbre vertical était la norme à l'époque : « La paix fut obtenue grâce au soutien divin. Le timbre vertical reflétait pleinement la vision et les circonstances de l'époque. » * Des textes contrastés apparaissent sur les deux timbres : « Pays-Bas en plein essor » et « Pays-Bas en pleine renaissance ». La première formulation signifie que les Pays-Bas se sont déjà relevés, tandis que la seconde indique qu'ils sont encore en train de se relever après la guerre. Des preuves philatéliques de cette renaissance se trouvent dans les émissions consacrées aux Églises en temps de guerre (nvph 556/60) et à la reconstruction de 1950 (nvph 550/55). La raison ? Si jamais les épreuves tombaient entre de mauvaises mains (ce qui n’est pas totalement impossible : des inspecteurs allemands visitaient régulièrement l’imprimerie d’Enschedé), les timbres ne se distingueraient pas par leur couleur bleue, verte et rouge et par une désignation erronée. La couleur orange définitive n’a été appliquée qu’après la guerre. Le timbre de la Libération a été mis en circulation à partir du 14 juillet 1945. Libération 1955 : sentiments de joie (projet préliminaire) Le graphiste Co Westerik (1924 – 2018) a créé un dessin en 1955 pour le 10e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale. Sur cette image joyeuse et vivante, sous un soleil radieux, se tient une mère rayonnante de bonheur (les bras levés), un enfant sur l'épaule brandissant un petit drapeau. Ce dessin, empreint d'un sentimentalisme excessif et célébrant la joie de la libération, fut rejeté. Westerik refusa de modifier ce croquis, pourtant empreint d'une forte charge émotionnelle. Des avant-projets dynamiques et vivants Dans le premier dessin, le phénix, créature mythique de la mythologie grecque, renaît de ses cendres, tandis que dans le second, un homme, les bras levés, brandit un drapeau flottant (version grand format) d'une main et, de l'autre, célèbre la liberté. Dans les deux esquisses, des croix apparaissent en arrière-plan, symbolisant la joie et la tristesse de manière métaphorique. Ces deux croquis, à caractère narratif, expriment avec force des sentiments et des émotions intenses. Design statique et apaisant Durant la période d'après-guerre de la « Guerre froide » (1947-1991 entre les États-Unis et la Russie), le choix d'une arme s'imposait. C'est ainsi qu'une épée flamboyante symétrique figura sur le timbre final de la Libération de 1955 (NVPH 660). La typographie du nom du pays et du titre est conçue à la fois horizontalement et verticalement sur les trois versions. L'indication de la valeur faciale sur les deux premières versions est dynamique et vivante grâce à son inclinaison. La valeur faciale du timbre approuvé, en revanche, a été créée dans un style apaisant et statique, en parfaite harmonie avec la symétrie équilibrée de l'épée. Timbre de la Libération 1985 Sur le timbre commémoratif de la Libération de 65 cents de 1985 (NVPH 1331), l'exubérance et la tristesse sont représentées dans des nuances de gris sombres et claires. La photo de gauche (du photographe Cas Oorthuys) montre une jeune fille entourée de deux soldats canadiens le jour de la Libération à Amsterdam. Les trois personnes sont à peine visibles, voire imperceptibles, sur cette photographie particulièrement sombre. Il est impossible de déterminer, à partir de leurs silhouettes noires, si elles expriment la joie, la gaieté ou l'exaltation. La photo du milieu présente le premier numéro légalement publié du quotidien Parool. La photo de droite, également d'Oorthuys, montre des pierres tombales du cimetière militaire américain de Margraten, dans le Limbourg. Point culminant du XXe siècle : la libération Le 8 mai 1945, le soldat canadien William Roberts (membre du régiment des Seafort Highlanders of Canada) traversait Diemen à moto, transportant les participants aux célébrations de la libération. Trois dames, débordantes d'enthousiasme, réussirent à s'asseoir à l'arrière de sa moto au passage du cortège, au ralenti. Roberts déclara : « Je suis très honoré de figurer sur un timbre néerlandais. Je me souviens encore très bien de mon affectation au Vondelpark. » Après des recherches approfondies et minutieuses, le nom de cet ancien soldat et libérateur, âgé de 84 ans, a enfin été retrouvé. La libération des Pays-Bas en 1945 (Saba, Pays-Bas caribéens) La feuille de timbres « Royaume des Pays-Bas en guerre 1940-1945 », sous-titrée « La Libération des Pays-Bas 1945 » (probablement un timbre privé), comprend 24 timbres différents (en noir et blanc ou en couleur). Chaque timbre représente des personnes célébrant joyeusement la libération des Pays-Bas. L'image du neuvième timbre correspond à un timbre de l'émission « Fait marquant du XXe siècle » (nvph 1849). Les timbres portent les numéros 40 à 45, dont les contours sont orange, rouge, blanc et bleu. Lequel de nos lecteurs possède cette feuille de timbres et des informations complémentaires ? * Source : Bulletin des philatélistes motorisés des Pays-Bas.

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