Courrier aérien vers l'Amérique pendant la Seconde Guerre mondiale

aviation drapeaux Pays-Bas
tasseL'une de mes collections de timbres consiste à rassembler les empreintes de drapeaux publicitaires provenant de machines à timbrer. Plus précisément, celles de drapeaux datant d'avant, pendant et juste après la Seconde Guerre mondiale. À titre d'exemple, voici l'empreinte du timbre « Vacances dans une patrie paisible », utilisée dans une machine à timbrer du centre de tri postal de la gare centrale d'Amsterdam. Cette empreinte est datée du 7 mai 1940 à 23h00, quelques jours seulement avant l'invasion de notre pays par les troupes allemandes. 1 Durant l'occupation, de nombreux types de drapeaux publicitaires ont été utilisés. J'ai par exemple trouvé une enveloppe de courrier aérien portant l'inscription suivante : « Avez-vous déjà fait un don pour les secours hivernaux aux Pays-Bas ? » Il s'agissait d'un drapeau utilisé dans une machine à affranchir à La Haye. 2 La lettre par avion portait le cachet postal du 25 mars 1941. Deux exemplaires des timbres « barrés » de 22 cents y étaient apposés comme timbres-poste, un affranchissement peu courant. 3 Sur le côté gauche de la lettre, l'expéditeur avait écrit : « par clipper ». La lettre était destinée aux États-Unis, à Washington. En raison de la guerre, il n'existait aucune liaison postale directe entre l'Allemagne et les territoires occupés et les États-Unis. Un accord fut donc mis en place pour que le courrier à destination des États-Unis transite par le Portugal. À cette fin, les services postaux allemands maintenaient une liaison aérienne avec Lisbonne grâce à des avions Ju 90. Un tel appareil figure sur un timbre du Grossdeutsches Reich de 1944, bien que le modèle y soit représenté de manière profilée, comme le montre la photo. 4 On trouve également d'autres appellations, telles que « courrier aérien transatlantique », « par clipper transatlantique » et « par Lisbonne » ou « via Lisbonne ». 5 Pourquoi via Lisbonne ? Le Portugal n’était pas occupé par les troupes allemandes et restait neutre. De ce fait, les compagnies aériennes allemande Lufthansa et américaine Pan American World Airways pouvaient toutes deux utiliser les infrastructures de Lisbonne pour faire atterrir leurs avions. Lufthansa utilisait le tout nouvel aéroport de Portela. Pan Am, quant à elle, utilisait des hydravions ; un nouvel aéroport pour hydravions fut donc ouvert simultanément, à environ trois kilomètres de l’aéroport de Portela. Cet aéroport, baptisé Cabo Ruivo, était situé sur le Tage. Une voie spéciale, l’Avenida Entre-os-Aeroportos (aujourd’hui Avenida de Berlim), fut construite entre les deux aéroports. 6 La compagnie aérienne américaine utilisait des Boeing 314. Cet hydravion était spécialement conçu pour les vols transatlantiques. Au total, la compagnie possédait douze appareils de ce type. Ils étaient surnommés « clippers », et portaient des noms tels que le « California Clipper », l’« American Clipper », l’« Anzac Clipper », le « Dixie Clipper » et le « Yankee Clipper », qui s’écrasa à Lisbonne le 22 février 1943, après son 241e vol transatlantique. 7 Mais quel a été l'itinéraire de transit de la lettre de La Haye à Lisbonne ? De nombreuses lettres par avion à destination des États-Unis ne portaient aucune marque. Il était toutefois courant que les services de censure les ouvrent pour en vérifier le contenu. La lettre que j'ai incluse dans la collection comporte également une telle bande. Celle-ci était apposée au dos et collée sur l'empreinte d'un timbre allemand. 8 Les seules lettres visibles étaient : KÖLN-DEU. La lettre par avion avait donc été transportée de La Haye à Cologne et oblitérée là-bas. Grâce à une technique particulière, j’ai également pu déchiffrer le reste du texte sur le timbre : KÖLN-DEUTZ. Deutz était autrefois une ville indépendante située sur l’autre rive du Rhin, face à Cologne. Cependant, elle se trouvait du côté où se situait l’aéroport le plus proche. Dès lors, l’itinéraire postal était clair : affranchie à La Haye le 25 mars 1941, oblitérée à Deutz le 27 mars 1941, puis transportée via Lisbonne (date de transit inconnue) jusqu’à Washington (date d’arrivée inconnue). Je ne comprends pas pourquoi les quelques autres enveloppes par avion que j’ai vues ne portaient pas l’empreinte du timbre KÖLN-DEUTZ. Cet aéroport important pour le transport postal était-il censé rester « inconnu » en raison du contexte de guerre ? Est-ce pour cela que la bande de censure était collée sur l’empreinte ? Si quelqu’un connaît la réponse, je suis preneur ! 9 En tout cas, les empreintes de timbres me procurent un grand plaisir de collection, même celles des périodes sombres.

Commentaires 2

  1. Monsieur Janssen, j'ai lu votre article avec grand plaisir. Je m'intéresse moi-même à la manière dont les lettres en provenance des États-Unis arrivaient aux Pays-Bas entre mai 1940 et décembre 1941. Je possède une trentaine de lettres de ce type, soigneusement timbrées et « vérifiées ». Je ne sais pas si des réponses ont été écrites et, le cas échéant, comment elles se sont déroulées. Cette possibilité a-t-elle cessé après le 7 décembre 1941 ? Probablement. Comment fonctionnait la correspondance de la Croix-Rouge avec le camp de concentration de Bergen-Belsen après cette date ? J'ai déjà consulté le NIOD, mais je n'ai pas encore d'informations précises, d'où ma question. Pourriez-vous également me recommander des publications sur ce sujet ? En espérant ne pas vous solliciter trop, je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées. Bauke Marinus

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