Jan Steen en tant que peintre comique, moralisateur et symbolique

J'ai rédigé l'article d'accompagnement à l'occasion de l'exposition anniversaire « Chez Jan Steen, la vie à la brasserie » au musée De Lakenhal de Leiden, du 2 avril au 23 août.
Non seulement cet anniversaire est une excellente raison de s'intéresser à Steen, mais aussi à une série de timbres à son effigie, où le peintre exprime avec brio son approche et sa vision si captivantes. Ces timbres y jouent un rôle central.

Le peintre le plus amusant du XVIIe siècle
Des timbres à l'effigie de Jan Steen ont été émis pour commémorer le 350e et le 400e anniversaire de sa naissance. Ce peintre demeure l'un des plus amusants et attachants du XVIIe siècle, notamment grâce aux expressions encore courantes aujourd'hui « la maison de Jan Steen » et « animer la brasserie ». Farceur dans l'âme, il s'intéressait vivement aux scènes de la vie quotidienne, qu'il abordait avec un humour moralisateur, tout en portant un regard critique sur des sujets plus sérieux, tirés de la peinture historique, de la Bible et de la mythologie, auxquels il recourait à des comparaisons allégoriques.

Autoportrait de Jan Steen (1670)

Jan Steen (1626-1679), peintre réputé pour ses tableaux moralisateurs (dont on peut tirer des leçons par le biais de comparaisons allégoriques), se représentait souvent vêtu de noir, affichant une assurance naturelle sur fond de draperies rouges à pompons. Dans un tableau reproduit ci-dessous, il apparaît en détail, arborant une expression comique.

Le graphiste Sem Hartz a exploité l'autoportrait joint. Ce faisant, sa main gauche s'est transformée en une main droite tenant un pinceau, comme pour peindre. Cette inversion de fonction a été réalisée sous la supervision de son collègue graphiste Konijnenburg, qui avait également participé à la conception de cette émission de timbres d'été. Il a introduit un objet permettant à la personne représentée de se définir professionnellement.
En raison d'une augmentation des tarifs du transport postal intérieur à mi-chemin de la période de vente, un timbre d'été rouge supplémentaire avec la surcharge noire 7½ + 2½ a été émis à partir du timbre vert De Steen.

L'autoportrait du peintre (dans une composition dynamique, active et oblique) figure sur le timbre commémoratif du 350e anniversaire, associé à un sol carrelé (dessin d'Ootje Oxenaar). Les anciens sols carrelés néerlandais sont représentés dans plusieurs tableaux d'intérieur du XVIIe siècle, témoignant de l'importance accordée à la propreté domestique aux Pays-Bas. Sur la bande verte verticale à gauche, à peine lisible, on peut lire « Jan Steen 1679 » avec une croix gammée.

Jan Steen « Comme chanté auparavant, ainsi murmuré après » (1668/70)

Le peintre Jan Steen est associé au proverbe « Soo voer gesongen, soo na gepepen » (comme chantaient les anciens, ainsi gazouillent les jeunes ; le mauvais exemple engendre la mauvaise imitation). Le tableau est également connu sous le nom de « La Joyeuse Famille ».
Cette femme, le dos cambré, aux formes voluptueuses et provocantes, le décolleté plongeant, c'est la mère ! On lui sert même du vin. En effet, Steen ne présente pas l'ordinaire, mais l'anormal et l'exceptionnel.

Analyse et interprétation du tableau

Le baptême du benjamin est célébré selon la tradition du kraamherenmuts (une coiffe portée durant les dix premiers jours suivant la naissance, lors de la venue de visiteurs aux XVIIe et XVIIIe siècles), non par le père, mais par le grand-père. Cette approche rejoint pleinement le point de vue de Steen, qui présente des exemples et des coutumes erronés dont on peut tirer des enseignements.
Une dame de passage tient l'enfant baptisé sur ses genoux (à peine visible à gauche du document). Elle écoute attentivement la grand-mère qui lit un texte sur un morceau de papier : « Comme chanté, ainsi joué. »
La mère à droite (fille du peintre Jan van Goyen, le professeur de Steen), vêtue d'une jupe lilas, tient un verre de vin que remplit un homme qui verse du vin à l'arrière-plan.
Le fragment de tableau « verser du vin » est une particularité frappante. La raison ? Nous, spectateurs, sommes impliqués, même brièvement, dans cette activité.

À droite, le père, hilare (Jan Steens lui-même), apprend à l'un de ses enfants à fumer la pipe, une mauvaise habitude à prendre. La fillette derrière lui, à droite, observe attentivement la scène, s'attendant à une quinte de toux de la part de son frère.
Le joueur de cornemuse en haut à droite, par son jeu, accentue considérablement l'atmosphère bruyante et chaotique, mais symbolise aussi la luxure et la débauche. La cornemuse est surnommée « la cornemuse à bite ».
Le perroquet en haut à gauche est connu pour imiter les sons. Selon Steen, cela implique de répéter et de reproduire de mauvais comportements, ce qui correspond au titre de ce tableau.
Le chien vigilant met en garde contre le comportement immoral de certains membres de l'entreprise représentée.
Steen, en tant que conteur humoristique, est un peintre habile qui parvient avec brio à suggérer l'apparence extérieure des matériaux, comme l'émail d'une cruche en faïence sur le sol à gauche, la texture de la jupe lilas de la femme et le vin pétillant dans le verre.
Steen utilise régulièrement sa famille, composée de trois générations, comme modèles dans ses peintures.

Jan Steen 'In Weelde sit toe' (1663)

Le titre du tableau, « In weelde siet toe » (Méfiez-vous des richesses…), est également décrit comme « La Maison corrompue », représentant un chaos organisé – un foyer typique de Jan Steen. À ses débuts, le peintre Steen était surtout apprécié pour ses représentations de la vie quotidienne joyeuse de la bourgeoisie du XVIIe siècle ; la dimension narrative, moralisatrice et allégorique de son œuvre passa presque inaperçue. Autrement dit, le miroir que Steen tendait à la bourgeoisie du XVIIe siècle resta aveugle.

Dans ce tableau, Steen a dissimulé de sages leçons de vie. Il n'a pas repris le proverbe « Le bon exemple incite à l'imitation », mais son contraire, qui inspire la dissuasion et l'aversion. À l'instar des proverbes commençant par « si » : [a] quand le veau s'est noyé, on remplit le puits, [b] quand l'homme a bu, la sagesse est dans la cruche, [c] quand une brebis traverse le barrage, d'autres suivront. Il existe donc une condition à laquelle l'apprentissage et l'éducation doivent se conformer.

Analyse et interprétation du tableau

À l'extrême gauche, un jeune enfant est assis sur son pot. Au lieu de manger, il joue avec des bijoux et une cuillère. Un livre précieux, une assiette et une cruche en cuivre sont tombés par terre.
La mère, pilier du foyer, manque à ses devoirs. Elle s'est endormie.
La clé (symbole que la mère doit surveiller) est accrochée au mur, au-dessus de son sac à main.
Un petit garçon fume la pipe à côté de sa mère, faisant référence au proverbe
Tandis que les anciens chantaient, les jeunes gazouillaient.
Derrière le petit garçon, une petite sœur vole de l'argent dans l'armoire murale (l'occasion fait le voleur).
Sous la jeune voleuse, un chien (symbole de fidélité conjugale) mange tranquillement la tourte à la viande posée sur la table.

Au centre du tableau est assise la fille provocante du peintre. Vêtue de façon ostentatoire et impudique, elle tient une carafe de vin d'une main et tend de l'autre un verre de vin rouge à un jeune homme effronté.
Tout en parlant avec une femme assise à sa droite, il tente de lui soutirer de l'argent, avec lequel il pourra plus tard payer sa « maîtresse ».
Cette femme converse avec un homme bossu qui porte un canard sur l'épaule. Il appartient à la congrégation protestante des Quakers et lit la Bible. Ce couple pieux contraste fortement avec la licence dépeinte dans le tableau.
Un cochon en bas à droite renifle une rose (jeter des perles aux pourceaux).
Le panier suspendu au-dessus des membres de la famille est rempli d'accessoires de mendicité : une batte de lépreux, une béquille rouge de mendiant, du petit bois et des partitions à vendre de porte en porte. Le bâton du mendiant pressent le sort qui attend cette famille, désormais incapable de gérer sa richesse.
Sur la petite ardoise à droite de l'escalier figure l'avertissement : « Dans le luxe, soyez vigilant », soulignant que le luxe peut mener à la ruine et à la débauche, ce qui illustre clairement le thème de cette peinture. Par leurs actions mêlées à des objets du quotidien, les personnages de cette représentation allégorique incarnent des concepts tels que la vertu, le vice et le mensonge.
Un singe (symbole de luxure [l'animal est malheureusement introuvable]) a arrêté l'horloge, indiquant que le temps est oublié dans la folie.

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