Heureusement, le travail artisanal existe !
De nombreux collectionneurs s'efforcent de rassembler un maximum de courrier authentique relatif aux liaisons aériennes entre les Pays-Bas et les anciennes Indes néerlandaises. Et comme les vols pionniers, en particulier, ont suscité un vif intérêt, ces collectionneurs se réjouissent de posséder le moindre document postal de cette époque.
Pourtant, de nombreux collectionneurs pensent que tout le courrier transporté sur ces vols est « fabriqué ». Une idée qui ne sied pas à un collectionneur sérieux. Et dans bien des cas, ils ont raison. Un grand nombre de pièces de courrier étaient « fabriquées » simplement pour en garder un souvenir, un souvenir philatélique. À l'instar de M. Thoolen, de La Haye, qui profitait de presque chaque vol pour envoyer une ou plusieurs pièces. Comme cette pièce de 1931, où il a saisi l'occasion de l'émission du timbre-poste aérien de 30 centimes pour l'envoyer par un vol régulier de Bandung à Rotterdam. Un stratagème, certes. D'autant plus que l'adresse de poste restante est Rotterdam. Non retirée au bureau de poste, elle a donc été réexpédiée à La Haye. M. Thoolen était-il connu ? La mention « Spécialiste du courrier aérien » sous son nom suffisait apparemment. Fabriquée, certes, mais un beau document de cette époque.
Passons rapidement à décembre 1933. Une carte que presque tous les collectionneurs d'objets postaux aériens possèdent : une carte commémorative émise par l'usine aéronautique Pander de La Haye. L'entreprise souhaitait concurrencer KLM en exploitant un service de courrier express avec un avion spécialement conçu à cet effet. Cet appareil fut baptisé « Postjäger ». La PTT (Post Trains and Tribune) émit un timbre triangulaire à apposer sur ces cartes – un timbre pour « vols spéciaux » – afin de s'acquitter des droits d'affranchissement. La carte indiquait comment l'expéditeur pouvait la récupérer. Il suffisait d'adresser l'envoi au chef du bureau de poste de Bandung, en précisant bien sûr les coordonnées de l'expéditeur. Le timbre rouge apposé sur le timbre triangulaire est particulièrement remarquable – un petit timbre produit à la hâte par Joh. Enschedé & Zonen à Haarlem. Plus de 50 000 envois postaux furent transportés par le Postjäger. En cours de route, le « Postjager » fut immobilisé à Tarente suite à une panne de moteur, et le courrier fut pris en charge par Imperial Airways jusqu'au Caire. Là, il fut transbordé et acheminé par l'« IJsvogel » de KLM. Cependant, à Jodhpur, l'« IJsvogel » fut dépassé par le « Pelikaan ». Le courrier fut à nouveau transbordé et finalement transporté à Bandung par le « Pelikaan ». Le retour fut effectué par ce même « Pelikaan » de KLM. Quant au « Postjager », il arriva à Batavia bien plus tard, sans courrier, 72 heures après son départ des Pays-Bas. Le grand gagnant fut KLM, le grand perdant le « Pander Postjager », surnommé plus tard « Pechjager ». Lors de sa participation à la course de Melbourne, l'appareil connut une nouvelle mésaventure. Une partie du train d'atterrissage s'affaissa à l'atterrissage à Allahabad, en Inde. Après des réparations au décollage, l'avion heurta un tracteur et fut entièrement détruit par les flammes. La fin du Pander Postjager, mais documentée par une carte spéciale.
Un an plus tard, en décembre 1934, l'aviation connaissait un essor fulgurant. La KLM disposait désormais de nouveaux appareils du constructeur Douglas. Le 19 septembre 1934, le DC-2 Uiver effectua son premier vol au-dessus des Pays-Bas. L'enthousiasme suscité par cet avion à la construction en aluminium fut tel que quatorze exemplaires supplémentaires furent commandés. L'Uiver acquit une renommée mondiale grâce à la course de Melbourne, qui eut lieu en octobre 1934. Il remporta la course à handicap. Mais le destin frappa également cet appareil. Lors de son second vol, d'Amsterdam à Batavia, il rencontra de très mauvaises conditions météorologiques. L'avion s'écrasa près de Rutbah Wells, dans la partie irakienne du désert syrien. Tous les occupants, quatre membres d'équipage et trois passagers, périrent. Sur les quelque 14 53.000 plis de courrier à bord, certains purent être récupérés, plus ou moins brûlés et endommagés par le pétrole et la boue. Un document remarquable dans une collection de courrier aérien. Quant à l'enveloppe elle-même ? Certes, un objet manufacturé, mais avec une histoire extraordinaire !
Que dire de M. Thoolen de La Haye ? Il continuait à produire de nombreux envois par avion, comme une lettre expédiée en 1936 lors du premier vol Batavia-Bandjermasin, un vol intérieur dans les Indes néerlandaises. Cette enveloppe a-t-elle encore une histoire à raconter ? Oui, tout est documenté. Le vol a eu lieu le 8 février 1936 à bord d'un DC-2 de la KNILM, piloté par Van de Graaf et Versteegh. Une photographie du capitaine WCJ Versteegh a été conservée. L'avion ne transportait que 164 lettres lors de ce vol. Combien en existe-t-il encore aujourd'hui ?
Nous terminons avec le 500e vol reliant les Indes orientales néerlandaises aux Pays-Bas. Tout le courrier à bord du « Reiger » de la KLM était affranchi d'un timbre commémoratif daté du 27 novembre 1937. Cela représentait 477 kg de courrier ! Grâce aux documents produits par M. Thoolen et bien d'autres, un pan de l'histoire de l'aviation est précieusement documenté. Je suis ravi de la qualité du travail ! Et vous ?
