Les plus anciens timbres du monde
Non, il ne s'agit pas d'un timbre-poste, mais d'un timbre utilisé pour les documents officiels. Le roi Guillaume III (époux de la reine Anne de Grande-Bretagne) avait instauré des taxes sur tous types de services et de produits. Pour percevoir ces taxes, des timbres spéciaux, appelés timbres à sec, étaient fabriqués afin d'imprimer le montant dû sur le document.
À titre d'exemple, un timbre fiscal daté du 2 octobre 1829, portant la mention « reçu », y était apposé d'une taxe de 6 pence. Il existe des dizaines de timbres fiscaux de ce type qui ont continué à être utilisés pendant très longtemps.
Deux autres exemples : l’un avec trois timbres fiscaux de 6 pence et l’autre d’une valeur de 2 livres, une somme considérable aux XVIIIe et XIXe siècles. L’impression des timbres fiscaux n’était possible que si le document était en papier ou en matière similaire. Or, de nombreux documents étaient rédigés sur parchemin, ce qui rendait l’impression impossible. Pour authentifier ces documents comportant un ou plusieurs timbres fiscaux, ceux-ci étaient imprimés sur des feuilles de papier séparées, généralement bleues, découpées et collées sur le parchemin.
Le plus ancien parchemin de ma collection date de 1706. Une étiquette bleue y est collée. Cependant, une bande métallique, sorte d'agrafe, est également visible au milieu de l'étiquette. Elle avait une fonction précise. L'étiquette bleue, collée sur le document, était munie d'une bande perforée qui la traversait ainsi que le parchemin. Par la suite, le timbre fiscal était apposé. Pourquoi cette agrafe ? On craignait que l'étiquette bleue, portant le timbre fiscal, ne se détache du document si la colle venait à se décoller, mais aussi parce qu'elle pouvait être retirée et réutilisée ! Par mesure de sécurité supplémentaire, un sceau représentant le monogramme du monarque régnant était apposé au verso du document, par-dessus les bandes métalliques repliées. Le 1er janvier 1701, l'utilisation de sceaux monogrammés comme cachets de sécurité pour les timbres fiscaux fut introduite. Cette mesure fut annoncée dans les journaux. L'avis suivant a été publié dans la London Gazette : « Les fonctionnaires chargés de la perception des taxes sur parchemin et papier scellés sont informés de ce qui suit. Afin de prévenir les fraudes fréquentes liées à la perception desdits impôts, tous les sceaux apposés sur parchemin, ainsi que les timbres de quarante shillings et de cinq shillings sur papier actuellement disponibles au siège social, doivent désormais être sécurisés par une bande métallique apposée à travers l'empreinte. Un sceau monogrammé imprimé doit être apposé au verso (par-dessus la bande métallique). »
À titre d'exemple, le monogramme de la reine Anne figure sur une broche et est reproduit sous forme de dessin sur un timbre monogrammé. Les collectionneurs britanniques appellent ces timbres des timbres chiffrés. Plus tard, des timbres monogrammés furent imprimés avec des lettres à côté du monogramme, comme GR 2 pour le roi George II, GR 3 pour le roi George III et GR 4 pour le roi George IV.
Un document précieux de ma collection est une déclaration sous serment, scellée d'un sceau de cire et insérée dans une pochette en papier. Une image identique à celle du sceau est imprimée dans cette pochette. Émanant de l'archevêque de Canterbury, la déclaration est datée du 8 décembre 1768 et porte deux empreintes de timbres fiscaux de cinq shillings chacun.
Au revers, un sceau monogrammé du roi George III.
Des chiffres ou des nombres figurent dans le coin supérieur gauche ou droit. Ces chiffres indiquent la position du timbre sur la feuille imprimée. La plupart des feuilles contenaient 320 timbres, puis des feuilles de 240 timbres furent également utilisées. Parfois, les nombres à trois chiffres sont répartis entre les coins supérieurs gauche et droit. En 1865, les chiffres furent remplacés par des lettres.
Comme le montrent les exemples de timbres monogrammés de l'époque victorienne, un nouveau motif fit son apparition : un fond quadrillé. D'abord avec des lettres, puis sans, imprimé en noir et bleu. Enfin, les timbres furent également émis en feuilles perforées portant le monogramme du roi Édouard VI, à l'instar des timbres-poste. À partir de 1909, l'usage des timbres monogrammés déclina progressivement jusqu'à son abolition en 1921.
