Brûler la maison
Marinus van der Lubbe, originaire de Leyde aux Pays-Bas, fut la première victime néerlandaise du régime nazi. Condamné à mort pour avoir incendié le Reichstag, le parlement de Berlin, il fut guillotiné le 10 janvier 1934 à Leipzig – une peine qui, selon les normes actuelles, pourrait paraître particulièrement sévère pour un incendie criminel.
Qu'est-ce qui a poussé ce jeune homme à commettre ce crime ?
Marinus van der Lubbe naquit le 13 janvier 1909 à Leyde. Maçon de métier, il s'engagea politiquement dès son plus jeune âge et devint membre du CJB, le Mouvement de jeunesse communiste néerlandais. Un accident du travail le rendant partiellement aveugle, il ne put occuper un emploi stable. En 1931, il quitta son pays natal avec l'intention de se rendre en Union soviétique afin de constater par lui-même les conditions de vie des ouvriers. À court d'argent pour atteindre sa destination et de plus en plus alarmé par la montée en puissance des nazis en Allemagne, où il se trouvait désormais, il rejoignit le réseau clandestin communiste allemand.
Le 27 février 1933, il pénétra par effraction dans le Reichstag et incendia le bâtiment, affirmant que son acte était un appel à la mobilisation des travailleurs allemands contre le fascisme.



L'action de Van der Lubbe a eu un effet néfaste sur la popularité du Parti communiste d'Allemagne (KPD) et, dès la nuit de l'incendie, son siège a été saccagé et des milliers de membres du parti ont été arrêtés.
Un seul auteur ?
Après son arrestation, Van der Lubbe affirma être le seul auteur de l'incendie, bien qu'un Allemand et trois communistes bulgares aient également été interpellés et inculpés. Lors du procès, les quatre autres accusés furent acquittés et Van der Lubbe condamné à mort.
Après son exécution, il fut enterré anonymement au cimetière Südfriedhof de Leipzig, où se dresse depuis 1999 un mémorial à la mémoire de van der Lubbe. Épilogue
L'histoire ne s'arrête pas là. Après la Seconde Guerre mondiale, Jan van der Lubbe, le frère de Marinus van der Lubbe, entreprit des démarches pour faire annuler le verdict prononcé contre son frère. En 1967, sa peine fut commuée de la peine de mort en huit ans de prison. En 1980, suite à de nouvelles plaintes, un tribunal ouest-allemand cassa le verdict. Ce verdict fut contesté par le procureur de l'État et l'affaire fut réexaminée par la Cour fédérale de justice allemande. La procédure dura trois ans. Il fut établi que le verdict de 1980 était sans fondement et, par conséquent, illégal. Cependant, le 6 décembre 2007, après un nouvel examen, le procureur général d'Allemagne cassa l'intégralité du verdict et gracia van der Lubbe à titre posthume. Cette décision finale s'appuyait sur une loi allemande de 1998 permettant de revenir sur certaines injustices commises par les nazis. La décision du tribunal reposait sur le postulat que le régime national-socialiste était par définition injuste et, la condamnation à mort dans cette affaire étant motivée par des raisons politiques, elle était susceptible d'avoir perpétué cette injustice ; cette conclusion était indépendante de la question de savoir si c'était ou non van der Lubbe qui avait déclenché l'incendie. Cet article s'appuie sur le récit « Marinus van der Lubbe », publié par Willem Hogendoorn on blogue sur les timbres
