200 ans du Rijksmuseum : Visages émouvants (Partie 2)

Dans cette deuxième partie de « 200 ans du Rijksmuseum : Visages émotionnels », la versatilité de l’expression des émotions est mise en lumière à travers différents mouvements artistiques, périodes et supports. Grâce à des images de timbres-poste du XVIe au XXIe siècle, on constate comment des émotions telles que la détermination, la méfiance, l’espièglerie, la joie et le dynamisme sont représentées de manière récurrente, s’inscrivant parfaitement dans leur contexte historique et culturel. Cette sélection illustre comment des artistes – de Lucas van Leyden et Rembrandt à Catrien Ariëns – utilisent l'émotion pour raconter des histoires, exprimer la puissance, visualiser des idéaux ou saisir le quotidien. Elle brosse ainsi un tableau riche et nuancé de l'émotion comme force motrice de l'histoire de l'art. Sur ce tirage de dix timbres commémorant le bicentenaire du Rijksmuseum (NVPH 1894-1903), huit images relèvent de l'art occidental et deux de l'art non occidental (pz. 3 : Japon et pz. 4 : Inde). Parmi les huit images d'art occidental, le pz. 5 illustre l'art de la Renaissance avec ses formes horizontales et verticales, les pz. 8 et 11 le style baroque dynamique du Siècle d'or, les pz. 1, 2, 6 et 9 le style rococo aux douces couleurs pastel, et enfin les pz. 7 et 10 l'art contemporain. Cinq variétés se dégagent de ces timbres, tant par leur technique que par l'utilisation des matériaux et l'expression des émotions. 7. « Van Speyk se demande s'il faut allumer une mèche de poudre à canon » – Jacobus Schoenmaker Doyer (1792–1867), tableau Émotion imaginée : détermination Le jeune officier de marine Jan van Speyk (1802-1831), commandant de la canonnière néerlandaise n° 2, participa au bombardement d'Anvers durant l'Insurrection belge (1830-1839). Le 5 février 1831, son navire s'échoua sur le quai de l'Escaut et risquait d'être capturé par les insurgés belges. Pour éviter cela, Van Speyk ne voyait qu'une seule issue : faire sauter le navire. Dans sa cabine, il était en proie à un conflit intérieur : se rendre ou se sacrifier. Juste avant de passer à l'acte, deux membres d'équipage prononcèrent ces mots : « Je préfère me faire sauter ! » Par cette décision, Van Speyk ôta la vie non seulement à lui-même, mais aussi à son équipage et à un groupe de Belges. La conscience nationale, profondément ébranlée par la sécession belge, fut revigorée par cette mort héroïque. Le romantisme, en tant que courant stylistique, met l'accent sur l'intensité et l'exceptionnel et place les sentiments personnels au premier plan, offrant une échappatoire à la réalité quotidienne. 8. « David joue de la harpe pour le roi Saül » – Lucas van Leyden (1494–1533), gravure sur cuivre. Émotion représentée : méfiance. Le roi Saül était régulièrement en proie à des accès de rage. Lorsque David jouait de la lyre, la paix revenait un instant et le mauvais esprit s'en allait. Saül, cependant, savait que David serait son successeur, ce qu'il ne pouvait accepter. Pendant la représentation, il tenta de tuer David d'un coup de lance, mais en vain. David avait déjà été secrètement oint roi. À l'arrière-plan, deux serviteurs se tiennent debout, accentuant la tension palpable. 9. « L'Amour menaçant » – Étienne-Maurice Falconet (1718-1791), sculpture. Émotion imaginée : espièglerie ludique. Falconet était le sculpteur favori de Madame de Pompadour, maîtresse du roi Louis XV et mécène du rococo. Après avoir vu une figurine de Cupidon en terre cuite à l'air espiègle, elle lui commanda une œuvre similaire en marbre blanc. Le Cupidon, assis, fait un geste silencieux, un « chut », de l'index, tout en tirant une flèche de son carquois de l'autre main. Selon la mythologie, il existe des flèches d'or qui éveillent l'amour et des flèches de plomb qui le tuent. Le vers de Voltaire gravé sur le piédestal renforce la menace : « Qui que tu sois, voici ton maître. Il est, fut ou sera. » 10. « Document Nederland Zondag » – Catrien Ariëns (1997-1998), photographie Émotion imaginée : joie exubérante Alors que le dimanche était autrefois marqué par la religion, la tradition et le contrôle social, il s'est au fil du temps enrichi d'une grande variété d'activités de loisirs individuelles. La photographe Catrien Ariëns a immortalisé cette évolution dans une série de clichés réalisée sous l'égide du Rijksmuseum et du NRC Handelsblad. Le timbre représente deux spectateurs anonymes au bord d'un terrain de football à Almere. Leur réaction enthousiaste face à un exploit sportif illustre la joie collective. Pour des raisons de droits d'auteur, la photographie originale, où l'on aperçoit davantage de personnes, n'est pas reproduite intégralement. 11. « La Ronde de nuit » (La compagnie du capitaine Frans Banning Cocq et du lieutenant Willem van Ruytenburch) – Rembrandt van Rijn (1606-1669) La compagnie de mousquetaires des Kloveniers, parée de costumes chatoyants, se prépare pour une procession cérémonielle à travers Amsterdam. Officiers, sous-officiers et soldats sont représentés en mouvement, créant une dynamique saisissante. Le capitaine Banning Cocq et le lieutenant Van Ruytenburch s'avancent et semblent marcher vers le spectateur. Les contrastes de lumière, la superposition des actions et les détails – comme la jeune fille en jaune avec une poule, le tambour et le chien qui aboie – accentuent la vivacité de la scène. Le tableau respire l'essence même du baroque : mouvement, tension et expressivité théâtrale. Expressions du XVIIIe siècle et expressions du XXIe siècle Toutes les œuvres présentées ne datent pas du Siècle d'or. Certaines sont antérieures, d'autres du XVIIIe siècle (1743, 1744, 1755 et 1757). Deux timbres datent même de périodes plus tardives : 1867 (p. 7) et 1997-1998 (p. 10). Tandis que le XVIIe siècle est caractérisé par un essor économique et culturel, le XVIIIe siècle est connu comme une période de préservation et de relative stagnation. L'art reflète cette différence : du baroque dynamique aux formes rococo plus légères et raffinées. Les élites fortunées s'entouraient d'œuvres d'art qui rayonnaient d'une attitude joyeuse et élégante face à la vie. Cette vision de la vie – profiter de la richesse accumulée – présente des parallèles avec la société de consommation contemporaine, où le plaisir individuel et l'abondance occupent une place centrale. Ainsi, les timbres relient non seulement des siècles d'histoire de l'art, mais aussi des émotions humaines intemporelles.

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