200 ans du Rijksmuseum : visages émotionnels (1)

Dans le cadre du bicentenaire du Rijksmuseum, la représentation des émotions est au cœur de cette série en deux parties. À travers des œuvres d'art variées, issues de différentes époques et cultures, on découvre comment les artistes donnent forme à des sentiments tels que le chagrin, la joie, la colère, l'érotisme et la dévotion, par le visage, la posture et les matériaux. Cette première partie présente six œuvres où l'émotion s'exprime à travers la peinture, la sculpture, la porcelaine, la gravure sur bois et le dessin au pastel. Ensemble, elles démontrent que les émotions ne sont pas seulement personnelles, mais aussi ancrées dans le temps et la culture. 1. La fausse vertu découverte (1743) – Cornelis Troost (1697-1750) Émotion imaginée : chagrin et tristesse hypocrites Ancien acteur, Cornelis Troost puisait son inspiration dans le monde du théâtre. Ses peintures offrent souvent des portraits humoristiques des mœurs et coutumes de son époque. L'esprit du XVIIIe siècle imprègne clairement ces scènes amoureuses, enjouées et légères. La frivolité et l'insouciance, avec une emphase sur l'émotion – parfois teintée de sentimentalisme –, occupent le devant de la scène. La satisfaction du succès, l'immoralité et le plaisir caractérisent le monde superficiel de la riche et aristocratique bourgeoise après le Siècle d'or. En tant que portraitiste, Troost travaillait principalement au pastel et utilisait des couleurs douces, feutrées et peu expressives. 2. Arlequin et Colombine (porcelaine Meissner, 1744) – JJ Kändler (1706–1775) Émotion imaginée : flirter, courtiser, joie et bonheur Commandée par l'électeur de Saxe, une manufacture de porcelaine fut fondée à Meissen en 1710 par Johann Friedrich Böttger. La porcelaine, au décor raffiné, devint une pièce de choix pour la noblesse et l'aristocratie. Le joyeux et naïf Arlequin et la servante Colombine dansent ensemble avec entrain. Ce groupe sculptural plein de vie s'inspire du théâtre populaire italien, la Commedia dell'arte. Ici, le rococo constitue un prolongement raffiné du baroque : la grandeur cède la place à la grâce. 3. Acteur de théâtre populaire japonais (1794) – Tshsai Sharaku Émotion imaginée : colère L'estampe sur bois parvint au Japon au XVIIIe siècle, via la Chine. Le graveur Sharaku fit une apparition soudaine et resta actif seulement dix mois, à partir de mai 1794. Durant cette courte période, il réalisa 28 portraits en gros plan d'acteurs du théâtre populaire japonais. Le buste présenté ici représente l'acteur Ichikawa dans un rôle de méchant. L'expression sombre et colérique de son visage est rendue de manière très exagérée : bouche déformée, yeux grands ouverts et cheveux tirés en arrière. Cette expression pénétrante provoqua des réactions sensationnelles à l'époque. De la poudre de mica a été incorporée au fond gris, conférant à l'estampe un éclat argenté. 4. Beauté céleste (vers 950) – sculpteur indien anonyme Émotion imaginée : érotisme séduisant, extase céleste Dans la sculpture indienne ancienne, très élaborée, les statues féminines des temples possèdent une beauté fortement érotique. Leurs caractéristiques comprennent des formes pleines et arrondies, un corps aux courbes gracieuses et la nudité d'une figure aux hanches larges. Cette image idéale de la beauté féminine représente l'union rituelle entre le souverain et son serviteur. La jeune femme se tient sous un arbre où jouent des singes ; l'un d'eux effleure la fine robe translucide qui la couvre partiellement. Elle est encore en extase après l'amour qu'elle a partagé avec son amant, comme en témoignent les griffures sur son épaule et sa joue. La statue provient du complexe de temples de Khajuraho, construit sous la dynastie Chandrasla. 5. Saint Guy (vers 1500) – sculpteur inconnu d'Ulm Émotions imaginées : piété, dévotion, abandon et résignation Saint Guy, né au IIIe siècle en Sicile, se convertit au christianisme dès son plus jeune âge. Durant les persécutions des chrétiens sous l'empereur Dioclétien, il subit de terribles tortures afin de le contraindre à abjurer sa foi. La statue le représente accroupi et en prière dans un chaudron rond rempli de poix ou d'huile bouillante. Son regard est baissé et son visage exprime une profonde résignation. Selon la légende, il fut finalement sauvé par un ange. La statue, sculptée dans du bois fruitier, présente quelques lacunes, notamment l'absence de flammes sous le chaudron et d'attributs dans les mains. 6. Femme en costume turc (1755) – Jean-Étienne Liotard (1702-1789) Émotion imaginée : tristesse et mélancolie Jean-Étienne Liotard mena une vie errante à travers l'Europe. À Constantinople, il se passionna pour la vie orientale. Il adopta même les vêtements et les coutumes turques et laissa pousser ses cheveux. Représentant du style rococo, Liotard utilisa une palette de couleurs pastel raffinée et délicate. La noble dame représentée est Mary Gunning, comtesse de Coventry. Assise pensive et mélancolique sur un canapé, la tête appuyée sur sa main, vêtue d'un costume turc, elle attend ce que l'avenir lui réserve. Un tapis oriental richement décoré recouvre le sol. Ces représentations exotiques reflétaient la fascination de l'élite du XVIIIe siècle pour l'Orient et s'inscrivaient pleinement dans l'esthétique rococo.

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